mercredi 7 octobre 2009

Régime "craquouille"

Il y a des questions qui fâchent. Pour ma part, "qu'est-ce-qu'on mange ?" appartient désormais au corpus des questions-d'ordre-domestique-soit-disant-innocentes-mais-en-fait-explosives. Gloups.

Explication : j'ai décidé de faire un régime, succombant selon mon amoureux aux diktats de la minceur. Or qui dit régime dit révolution. Tout a commencé par l'arrivée d'un nouveau joujou dans le foyer : une balance high-tech, qui trône dans la salle de bains sous le porte-serviettes. Cette discrète addition est loin d'être innocente. Des chiffres qu'une balance affiche dépendent de nombreux espoirs mais également de vastes désillusions. Aux pèlerinages quotidiens auprès de cet oracle d'un genre nouveau s'ajoutent, dans le cadre d'un régime s'entend, la conception minutieuse de menus spécifiques. Et c'est là que le bât blesse et que la question "qu'est-ce-qu'on mange ?", parée d'ingénuité en apparence, devient une véritable hache de guerre.

Comme mardi, lorsque, taraudée par la faim, je quitte mon bureau avec l'intention de lancer une opération "déjeuner" à l'insu de mon compagnon, sagement installé devant son ordinateur dans la pièce attenante. Après une furtive inspection du frigo, je retourne dans le salon et pose donc à haute voix la question fatidique. Sans me douter de ce dans quoi je mets le pied, évidemment.

C'est ma réticence à manger des pâtes au fromage ("tu sais bien que je ne peux pas manger ça") qui met le feu aux poudres : Zouzou se lance dans une diatribe anti-régime qui me laisse interdite. Démunie devant ses arguments, je joue ma dernière carte,
la carte tu-n'es-qu'un-gros-méchant-je-me-réfugie-dans-le-lit à l'efficacité maintes fois démontrée. Enfin, cela dépend de la nature de la brouille ; quand de sujets plus grave sont mis sur le tapis, cette technique de mauviette ne fonctionne heureusement plus, et depuis longtemps. L'animal a appris à connaître mes feintes de victime éplorée et ne me laisse plus le loisir de me retrancher ainsi derrière une fragilité psychologique montée de toutes pièces. Moins de larmes, plus de discussions, ainsi se résumerait mon apprentissage de la vie de couple. Cette fois, le sujet n'est pas de nature assez sérieuse pour que la dispute dégénère en engueulade avec un grand E avec départ de l'un ou l'autre à la clef. Mon amoureux se plie à mon manège puéril ("j'arrive pas à mincir, snif")et me serre dans ses bras. Ouf ! Ma technique n'a pas encore atteint sa date de péremption, je peux encore en user, avec parcimonie toutefois.

Finalement la conversation prend un autre tour Zouzou faisant le clown pour me dérider. Mon comique perso a une idée, et son expression est si cartoonesque que je peux apercevoir l'ampoule qui s'allume au-dessus de sa tête : "Et les régimes par le sexe ? Je suis sûr que ça marche ! " A peine ai-je eu le temps de respirer, de rire ou de marquer mon scepticisme que Zouzou est déjà en train de taper ces mots-clef sur Google : "régime" et "sexe".

Inutile de dire que cette tentative pour trouver un site web où fût détaillé le nombre de calories perdues par session de galipettes s'avéra sans succès. Mais cet échec, loin de démonter mon homme, lui inspira une méthode alternative dont l'intérêt lui apparaissait tout aussi évident : le régime "craquouille"* qui présente l'avantage d'être simple, gratuit, et sans effort. Les craquouilles, c'est à volonté !

Conclusion : Quand vous avez un creux, laissez-vous croquer.


*En langage zouzou, la "craquouille" est cette action quotidienne (et délicieuse) consistant à mordiller/sucer la peau de son aimée