lundi 12 avril 2010

In Treatment - Saison 2












La deuxième saison d"In Treatment" - cet ovni télévisuel comme seul HBO en produit et diffuse - explore de manière encore plus approfondie la relation psy-patient que la première.
Paul Weston, le psychothérapeute remarquablement incarné par le trop discret Gabriel Byrne est confronté à des êtres dont les failles reflètent siennes. Affaibli par ses nombreux problèmes personnels, Paul peine à maintenir la distance du thérapeute et se laisse progressivement déborder par les soucis de ses patients. La carapace du psy est tombée et derrière c'est l'homme qu'on voit de plus en plus : un homme blessé, en proie au doute et incapable de protéger son territoire. Car ce qui est intéressant dans cette saison, c'est la manière dont Paul cède du terrain face à ses patients, au figuré comme au propre. Je m'explique, et pour ce faire je vais convoquer ma propre expérience de thérapie.
Quand j'allais voir ma psy chaque semaine, j'étais frappée, voire intimidée par l'atmosphère solennelle qui régnait dans la salle d'attente. La musique classique qui s'échappait des haut-parleurs discrets et les livres d'art à disposition des patients participait sans nul doute à cette ambiance sérieuse, presque effrayante. J'avais le sentiment de pénétrer dans un sanctuaire étrange. Si par hasard un ou une autre patient se trouvait assis à mes côtés nous respections un silence absolu, comme si toute parole était interdite, sacrilège. J'étais impressionnée de ne jamais entendre un seul bruit venant du cabinet tout proche, comme si les murs étaient complètement insonorisés. Le dispositif mis en place par ma psy garantissait une discrétion maximum : une sonnette l'alertait de l'arrivée de son prochain patient qu'une fois la session terminée elle allait chercher elle-même, après avoir préalablement raccompagné fidèlement à la porte le précédent selon un rituel codifié fascinant. Ce dispositif était remarquable par son "étanchéité" : il permettait en effet de maintenir une séparation stricte entre chaque patient et entre chaque session. Cette méthode très bien rôdée frappait au début, puis vous emplissait d'une sérénité nécessaire au travail thérapeutique.
Une fois introduit dans le cabinet, parfois à l'issue d'une longue attente, la séance était tout aussi codifiée : on s'asseyait sur une chaise raide mais munie d'accoudoirs comme chez un médecin. Une fois bien assis, la ceinture bien attachée pourrait-on dire, commençait alors le dialogue thérapeutique. Pour ma part j'avais l'impression qu'une brèche s'ouvrait dans l'espace et que j'étais comme aspirée dans un univers intermédiaire où rêves et émotions règnent, dénudés. Je sortais de ces séances épuisée, à vif, le coeur au bord des yeux, les larmes au bord du coeur...
Bref.

To be continued...


jeudi 18 mars 2010

L'Arnacoeur


J'ai été voir le premier film de Pascal Chaumeil à cause du pitch : un homme vend ses services comme briseur de couples professionnel. Aidé de sa soeur et de son beauf, Alex Lippi commence par établir un portrait-robot de sa cible sous la forme d'une liste des ses goûts qui lui servira d'antisèche pour ensuite séduire la jeune femme afin de l'éloigner de son mari ou de son mec. Qui commandite ces "opérations séduction" ? La famille de la jeune femme. Seule caution "politiquement correcte" du film : Alex n'intervient qu'après avoir déterminé que le jeune femme à séduire est effectivement malheureuse en couple.

Dès le début on boit du petit-lait en observant l'inventivité et le discours rôdé de ce James Bond en mission séduction auprès de ses cibles/victimes. Les clichés propres à la comédie romantique sont savamment détournés et s'égrènent ainsi de manière délicieuse. Pour mon plus grand plaisir, le romantisme gnangnan en prend pour son grade dans ce film parodique à souhait : en témoigne la grimace outrée que fait Alex au moment de pleurer et de délivrer son discours téléphoné mais imparable à la tu-as-touché-mon-coeur-comme-aucune-autre-avant-mais-je-suis-déjà-trop-abîmé-par-la-vie-pour-envisager-une-histoire-avec-toi. Le coup du beau ténébreux écorché marche à tous les coups, n'est-ce-pas mesdames ?

Mais je vous laisse découvrir les gags dont recèle ce film.

Rythme enlevé, screwball comedy, personnages secondaires réussis, dénouement où pointe une légère mélancolie généralement absente des happy endings-type, "L'Arnacoeur" détonne dans le paysage des comédies romantiques françaises et se donne l'ambition d'une romcom sauce US.

Et c'est là que ça devient intéressant. La généalogie de ce petit film compte au moins deux comédies hollywoodiennes à l'ancienne : Indiscrétions de George Cukor, et New York-Miami de Frank Capra. Dans ces deux films, comme dans le film de Chaumeil, il est question d'un mariage imminent, d'une héroïne farouchement indépendante et... de la surprise de l'amour.
Dans le film de Capra, Ellie Andrews s'apprête à épouser une play-boy au grand dam de son père millionnaire. A la faveur d'une panne de bus, elle fait la rencontre du journaliste Peter Warne, secrètement dépêché pour l'espionner et écrire un article sur son union scandaleuse. Après des débuts glaciaux, les deux jeunes gens tombent sous le charme l'un de l'autre sans se l'avouer. Mais les évènements jouent contre eux et il faudra l'intervention du père d'Ellie pour qu'ils se retrouvent.
Deux moments précis établissent une parenté indéniable entre le film de Capra et celui de Pascal Chaumeil. La scène lors de laquelle Ellie et Peter partagent une chambre séparée en deux par un simple drap, les "murs de Jéricho" hante la scène lors de laquelle Alex dort dans la chambre de Juliette. Cette situation, indécente dans les années 30, l'est évidemment un peu moins 80 ans plus tard. Mais de ces deux scènes émane la même grâce timide. Le regard attendri et ému qu'Alex pose sur Juliette endormie en dit long. Qui n'a pas déjà regardé avec émotion celle ou celui qu'il/elle aime en train de dormir ?

Finalement, la scène lors de laquelle le père d'Ellie conduit celle-ci vers l'autel est fidèlement reproduite dans L'Arnacoeur. A cet instant le père, longtemps fui et combattu, cesse d'être l'opposant pour devenir le principal adjuvant de la véritable histoire d'amour en portant le dernier coup à l'histoire d'amour-simulacre. Le moyen est le même : une voiture garée non loin du lieu du mariage. Chez Capra, Ellie emprunte cette voiture pour retrouver Peter, tandis que chez Chaumeil, Juliette court éperdument en direction de celui qu'elle aime, ce qui donne lieu à une nouvelle scène comico-émouvante. L'Arnacoeur a bien digéré ses influences et réussit courageusement à les dépasser.

Autre "comédie de remariage", Indiscrétions flotte également au-dessus de L'Arnacoeur. Mais c'est une filiation différente ; selon moi, l'influence de ce film sur celui de Chaumeil concerne le fond plus que la forme. Certes, quelques scènes de L'Arnacoeur sont réminiscentes d'Indiscrétions, notamment la scène de la piscine, mais les similitudes formelles sont moins frappantes. Par contre, Juliette Van der Beck a tout d'une Tracy Lord moderne. Si Vanessa Paradis et Katharine Hepburn, les actrices qui les incarnent, sont à des lieues l'une de l'autre, leurs personnages respectifs ont de nombreux points communs : la froideur feinte, la vivacité d'esprit, l'indépendance farouche... Ces deux femmes sont des énigmes pour leur entourage : sous des dehors "statuesques", elles cachent toutes les deux un tempérament passionné. Celui qui saura faire battre le coeur qui bat sous le bronze (Tracy) ou les vêtements de créateur (Juliette) gagnera l'amour d'une vraie femme de chair et de sang. Si on pousse l'analyse, Alex, qui est bel et bien cet homme qui révèle Juliette à elle-même, est en fait une sorte de mélange entre les personnages joués par Cary Grant et James Stewart dans le film de Cukor : avec l'un il partage la virilité désarmante, et avec l'autre la sensibilité timide et même la gaucherie ridicule.

C'est sa gaucherie qui rend ce personnage attachant, notamment lorsqu'il s'efforce d'apprendre la chorégraphie de Patrick Swayze dans Dirty Dancing. Ce film culte des années 80 est la dernière référence réjouissante convoquée par le film de Chaumeil. Et cette citation est carrément géniale ; en plaçant son film sous l'égide de ce film adoré des nanas du monde entier, le réalisateur opère une mise en abîme jubilatoire. D'autant que la référence n'est pas juste jetée là au hasard, les personnages finissant même par parler ensemble de ce grand classique et par en discuter les mérites.

En construisant ainsi un drôle de pont entre le classicisme de deux illustres comédies hollywoodiennes et la modernité pop d'un film culte des 80's, cette comédie romantique cru 2010 parvient donc plutôt intelligemment à "s'élever au-dessus de la mêlée" des romcoms et à injecter un peu de sang nouveau dans ce genre cinématographique ultra-formaté. Une réussite !

mercredi 7 octobre 2009

Régime "craquouille"

Il y a des questions qui fâchent. Pour ma part, "qu'est-ce-qu'on mange ?" appartient désormais au corpus des questions-d'ordre-domestique-soit-disant-innocentes-mais-en-fait-explosives. Gloups.

Explication : j'ai décidé de faire un régime, succombant selon mon amoureux aux diktats de la minceur. Or qui dit régime dit révolution. Tout a commencé par l'arrivée d'un nouveau joujou dans le foyer : une balance high-tech, qui trône dans la salle de bains sous le porte-serviettes. Cette discrète addition est loin d'être innocente. Des chiffres qu'une balance affiche dépendent de nombreux espoirs mais également de vastes désillusions. Aux pèlerinages quotidiens auprès de cet oracle d'un genre nouveau s'ajoutent, dans le cadre d'un régime s'entend, la conception minutieuse de menus spécifiques. Et c'est là que le bât blesse et que la question "qu'est-ce-qu'on mange ?", parée d'ingénuité en apparence, devient une véritable hache de guerre.

Comme mardi, lorsque, taraudée par la faim, je quitte mon bureau avec l'intention de lancer une opération "déjeuner" à l'insu de mon compagnon, sagement installé devant son ordinateur dans la pièce attenante. Après une furtive inspection du frigo, je retourne dans le salon et pose donc à haute voix la question fatidique. Sans me douter de ce dans quoi je mets le pied, évidemment.

C'est ma réticence à manger des pâtes au fromage ("tu sais bien que je ne peux pas manger ça") qui met le feu aux poudres : Zouzou se lance dans une diatribe anti-régime qui me laisse interdite. Démunie devant ses arguments, je joue ma dernière carte,
la carte tu-n'es-qu'un-gros-méchant-je-me-réfugie-dans-le-lit à l'efficacité maintes fois démontrée. Enfin, cela dépend de la nature de la brouille ; quand de sujets plus grave sont mis sur le tapis, cette technique de mauviette ne fonctionne heureusement plus, et depuis longtemps. L'animal a appris à connaître mes feintes de victime éplorée et ne me laisse plus le loisir de me retrancher ainsi derrière une fragilité psychologique montée de toutes pièces. Moins de larmes, plus de discussions, ainsi se résumerait mon apprentissage de la vie de couple. Cette fois, le sujet n'est pas de nature assez sérieuse pour que la dispute dégénère en engueulade avec un grand E avec départ de l'un ou l'autre à la clef. Mon amoureux se plie à mon manège puéril ("j'arrive pas à mincir, snif")et me serre dans ses bras. Ouf ! Ma technique n'a pas encore atteint sa date de péremption, je peux encore en user, avec parcimonie toutefois.

Finalement la conversation prend un autre tour Zouzou faisant le clown pour me dérider. Mon comique perso a une idée, et son expression est si cartoonesque que je peux apercevoir l'ampoule qui s'allume au-dessus de sa tête : "Et les régimes par le sexe ? Je suis sûr que ça marche ! " A peine ai-je eu le temps de respirer, de rire ou de marquer mon scepticisme que Zouzou est déjà en train de taper ces mots-clef sur Google : "régime" et "sexe".

Inutile de dire que cette tentative pour trouver un site web où fût détaillé le nombre de calories perdues par session de galipettes s'avéra sans succès. Mais cet échec, loin de démonter mon homme, lui inspira une méthode alternative dont l'intérêt lui apparaissait tout aussi évident : le régime "craquouille"* qui présente l'avantage d'être simple, gratuit, et sans effort. Les craquouilles, c'est à volonté !

Conclusion : Quand vous avez un creux, laissez-vous croquer.


*En langage zouzou, la "craquouille" est cette action quotidienne (et délicieuse) consistant à mordiller/sucer la peau de son aimée